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Pourquoi Jaurès est-il toujours vivant ?

« Pourquoi ont-ils tué Jaurès ? » disait Brel dans sa chanson en 1977.
Comment le faisons-nous vivre ? répond l’écho de nos temps troublés, troublés pour les valeurs dont Jaurès fût le chantre laïque.
Parce que tout hommage à Jaurès devrait toujours être d’abord son inscription dans le nouvel instant, le nôtre aujourd’hui… avec ce qui en fait sa pérennité et sa confrontation courageuse aux enjeux contemporains. Les gloires du passé ne sont vivantes que pour les pays vivants. Disait Jaurès lui-même.
 
Rendre hommage à Jaurès… avec toute cette épaisseur des analyses et des comportements, qui est le creuset d’une histoire singulière, celle de la gauche et ses valeurs solides pour gros temps, avec cette épaisseur qui nous lie à un passé, à un socle de fidélité pour les luttes sociales et les conquêtes de libertés, avec cette épaisseur presque difficile à décrire pour ne pas la dévoyer mais qui constitue un repère quand le tonnerre des populismes gronde en Europe et que nous tergiversons devant ce devoir si ancré de l’accueil et de l’hospitalité.
Vous la connaissez bien cette épaisseur, mais on n’ose plus le dire, cette chose en commun, ces valeurs qui sont les nôtres et que nos adversaires d’hier et d’aujourd’hui raillent, cette Gauche en commun.
Je crois que c’est faire honneur à Jaurès que de m’exprimer aujourd’hui en militant, instruit de lui, mais également acteur politique de notre réel, notre réel qui n’échappe pas, sous d’autres formes aux thèmes des combats de Jaurès.
Plus de 100 ans après sa mort, nombreux sont ceux qui restent animés par les convictions inaltérables que portait Jaurès. Nous nous inspirons encore aujourd’hui de son combat pour la paix et la fraternité, de son engagement pour la liberté, de sa détermination à lutter contre toutes les injustices et les inégalités, à agir pour un progrès partagé.
Mes chers camardes, je vous le dis sans trembler qu’en est-il réellement ?
Dans son Discours à la jeunesse, prononcé au lycée d’Albi en 1903, Jaurès expliquait aux jeunes de son temps que « le courage, c’est d’aller à l’idéal et de comprendre le réel ». Pour nous, socialistes contemporains, gens de la gauche démocratique, il faut renverser cette vieille leçon jaurésienne si nous voulons en retrouver son foyer de sens originel. Pour nous, dans les tumultes du présent et les désordres du monde, le courage, c’est d’aller au réel et de retrouver l’idéal.
Puisque nous sommes à deux pas du Capitole et de la mairie de Toulouse, un clin d’œil pour ne pas oublier et rappeler des objectifs. La Gauche est toujours venue chercher du côté de Jaurès l’énergie de ses plus grands combats. Oui c’est souvent vers Jaurès et Toulouse que la gauche regarde pour trouver un nouvel élan à partir d’un socle fiable, d’une histoire. C’est, en particulier, ce que fit François Mitterrand lors de son dernier discours de la campagne présidentielle de 1981. Mais Jaurès lui-même après sa défaite aux législatives dans le Tarn se relança en devenant adjoint au Maire de Toulouse. Jaurès c’est l’âme du Midi. C’est sur ces terres que son engagement socialiste s’est forgé.
Jaurès disait que « le socialisme qui n’a été souvent dans le midi qu’une fleur éclatante et fragile y poussera de sévères et profondes racines », il a dit vrai.Oui, il n’est aucun hasard à ce que la renaissance socialiste ait été initiée là où le socialisme jaurésien est né. Ici, plus qu’ailleurs, l’héritage de Jaurès est bien vivant. Les valeurs qu’il véhiculait fondent les politiques d’égalité et de progrès humain portées par les socialistes en Occitanie. Il faudra s’en souvenir dans les mois qui viennent alors que l’horizon des élections municipales se dessine.
Puisons chez Jaurès les clefs de la compréhension de notre temps. Que nous dirait Jaurès des nouvelles douleurs contemporaines ?
Que l’injustice est toujours là, qu’une déshumanisation frappe une société dont les éléments de progrès ne sont pas partagés mais dont les conséquences en termes de déracinement et de sentiment d’abandon frappent toujours les plus fragiles, que la cupidité ruine la bio sphère, que la techno-finance organise le monde sur la spoliation du plus grand nombre, que cette mondialisation cupide nourrie le repli sur soi, identitaire ou nationaliste, et menace la paix,
Avec Jaurès, c’est la constance de sa morale et de ses convictions qu’il s’agit d’afficher toujours l’ambition. Si la gauche ne doit pas se couler dans le lit contemporain de l’image et de l’instantanéité, si la gauche ne doit pas devenir une gauche compassionnelle, la gauche doit en revanche revendiquer haut et fort d’être une gauche morale. C’est la condition pour demeurer du coté de la justice et du progrès humain.
C’est ce qui nous a manqué quand notre ligne gestionnaire a pu donner l’impression de s’affranchir de ce code éthique qui doit précéder le pragmatisme, ce code éthique qui fait la place et l’honneur sacré du politique quand il rime avec humanisme.
Jaurès dans son discours à la jeunesse nous livre la suite «le courage c’est de dominer ses propres fautes, d’en souffrir mais de ne pas en être accablé et de continuer son chemin… le courage c’est de chercher la vérité et de la dire ; c’est de ne pas subir la loi du mensonge triomphant qui passe, et de ne pas faire écho de notre âme, de notre bouche et de nos mains aux applaudissements imbéciles et aux huées fanatiques ».
Une fois ce constat assumé, il est nécessaire d’aller plus loin.
Quand on a les valeurs de la gauche chevillées au corps, comment ne pas mesurer l’extrême urgence de mobilisation face à la montée des périls réactionnaires en Europe ? Comment ne pas être en situation de mieux assumer une vision humaniste et réaliste devant la tragique crise migratoire ? Face à ce devoir qui s’impose, il faut aussi prendre conscience des échecs pour faire émerger une expression collective des révoltes qui couvent.
A ne pas leur trouver une traduction constructive, c’est au risque d’une offre autoritaire et xénophobe, reposant sur les faux-semblants de l’identité nationale et des replis frileux, que l’on s’expose.
Ainsi la question migratoire actuelle est-elle notre affaire Dreyfus et s’il manque encore le J’Accuse de Zola, nous devons nous souvenir de la rectitude de la position de Jaurès.
Celle qui fit écrire Pierre Mendès France : « des hommes comme Jaurès ou Blum, profondément socialiste, sans aucun doute, durent consacrer, en fait, le principal de leurs forces à des luttes qui n’étaient pas ou peu socialistes ».
C’est la force de cette gauche morale que j’évoquais, de donner sa grandeur au politique au-delà d’un pragmatisme affiché qui cache souvent une illusion technocratique ou des intérêts très particuliers. L’actualité nous montre que rien n’est assuré, que les poignards sont sortis, prompts à déchirer le vélin sur lequel s’est écrit et s’écrit le pacte républicain.
Les dérives actuelles d’un pouvoir qui lamine les corps d’équilibre, le contrepoids du parlement, doivent nous inciter à la vigilance et à la résistance. La République se vide, elle s’effrite, ses principes sont balayés par une exclamation présidentielle teintée d’arrogance.
Léon Blum rappellait que «le socialisme n’a jamais renié les valeurs morales et les valeurs spirituelles »Sur la doctrine plane les plus grands idéaux humains : l’universalité de l’ordre et de la fraternité. Dans la conception de Jaurès, je cite toujours« l’idée de l’humanité devient un principe de progrès pour l’humanité toute entière ».
Pour ce « nouveau monde » qui se pare sans cesse de sa superbe…,
Pour ce « nouveau monde » qui croit pouvoir s’affranchir des leçons de l’histoire de la république et des partis qui en auront été les acteurs,
Pour ce nouveau monde que résonne le propos de Jaurès « J’ai servi fidèlement le socialisme et la République qui sont inséparables : car sans la république, le socialisme est impuissant et, sans le socialisme la république est vide ».
Alors mes chers camardes, à nous, aujourd’hui d’aller au réel et de retrouver l’idéal.
Vive la république et vive le socialisme.
Discours prononcé par Sébastien Vincini à Toulouse, le 31 juillet 2018, devant la stèle de Jaurès.

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